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Interview avec Peter Post, directeur de l’agence Scholz & Volkmer.

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Interview avec Peter Post, directeur de l’agence Scholz & Volkmer.

Chaque année, l’UX Design Awards, concours mondial d’expériences exceptionnelles décerné par le Centre international du design de Berlin, récompense les marques qui font l’expérience digitale de demain !

Dans le cadre de l’édition 2022, nous avons eu l’honneur de réaliser une interview de Peter Post, directeur de l’agence Scholz & Volkmer et membre du jury du concours UX Design Awards.

[Cette interview est une traduction de l’anglais d’un dialogue entre un français et un allemand. Pour cette raison, certaines tournures de phrase en français vous paraîtront peut-être bizarres. D’avance, veuillez recevoir nos excuses.]

Peter Post |

Bonjour Olivier !

Olivier Sauvage |

Bonjour Peter, je suis content de vous rencontrer !

Peter Post |

Le plaisir est partagé !

Olivier Sauvage |

Pour commencer, pouvez-vous nous parler des projets qui vous ont le plus impressionné l’année dernière ? 

Peter Post |

Le dernier jury, c’était il y a à peine deux semaines. J’ai été très impressionné par le travail des étudiants. Et si je dis ça, ce n’est pas parce que le travail réalisé par les professionnels était pauvre, je pense juste que nous n’avons pas assez de candidatures. Mais c’est un autre problème ! En tout cas, c’est intéressant de voir à quel point les travaux des étudiants sont devenus matures et beaucoup plus réfléchis. C’est peut-être parce que le niveau des académies s’améliorent. Les étudiants peuvent y apprendre plus de choses. Ils acquièrent une meilleure méthodologie et apprennent davantage de choses sur la recherche utilisateur et tout ce qui concerne l’UX design. 

Dans leurs projets, on sent qu’il y a un véritable travail de conception de l’expérience utilisateur. Ils ne font pas que du travail de recherche, ils effectuent des interviews avec des vrais utilisateurs, ce qui est très important, nous le savons, dans la conception d’interface. Le contact avec les vrais utilisateurs, c’est primordial !

Et évidemment, ils ont aussi la bonne méthodologie et les bon outils. Ce faisant, les problèmes qu’ils choisissent pour leurs travaux deviennent de plus en plus pertinents. ce que j’ai trouvé de réellement différent cette année, c’est le fait que les problématiques abordées deviennent de plus en plus liées à des soucis environnementaux et sociaux. Et c’est une excellente chose ! Car en ce moment, tout le monde parle de sauver la planète et de faire du travail social. Mais je me souviens qu’il y a 10 ans ce n’était pas l’intérêt, ni l’objectif principal des designers. C’est donc une bonne évolution.

Ce n’est pas juste « Je veux sauver la planète » mais plutôt « Je veux aider à résoudre ce problème précis ». Il y a cette volonté de faire un travail acharné et complet pour vraiment cerner ce problème et parvenir à le résoudre. Et donc c’est moins naïf. J’ai donc hâte que ces talents entrent dans l’industrie. Je suis directeur général d’une agence, ce qui fait que je suis toujours à la recherche de jeunes talents. Je pense donc qu’il y a de bonnes personnes qui arrivent dans l’industrie et c’est ce que j’aime particulièrement.

Concernant cette année, il y a un projet qui s’appelle « Luis Hug ». C’est un projet réalisé par des étudiants et c’est d’ailleurs la « Récompense Or ». Et si la meilleure récompense a été attribuée à un étudiant, cela en dit beaucoup sur les Awards de cette année. Ce projet, nous l’aimons beaucoup ! C’est une sorte d’outil ludique pour les enfants trisomiques et les étudiants qui ont réalisé ce projet ont trouvé une excellente manière d’aborder les problèmes de ces enfants. Leur objectif était de créer quelque chose d’interactif. Ils ont donc eux-mêmes modélisé le prototype. Le produit qu’ils ont réalisé s’apparente à une sorte de coussin que vous pouvez mettre autour de vous. C’est quelque chose de très doux, très simple et surtout très agréable à utiliser. Je pense qu’il y a eu beaucoup de réflexions sur la manière dont les enfants peuvent interagir avec cet objet. Et c’est également un instrument de musique ! En fait, tout est pensé à partir du tissu. Il n’y a pas de boutons, il suffit de le toucher pour pouvoir jouer des mélodies. Et même le design sonore est vraiment bien pensé. Nous étions très enthousiastes pour ce projet !

Il y a aussi un autre projet que j’ai beaucoup aimé et qui s’appelle « ZUGI ». Il s’agit d’une étudiante qui a développé une méthodologie intégrant les cultures au sein de la conception d’interface. Elle a donc pris la méthode typique de réflexion sur le design que nous connaissons tous et a injecté à ce thème de la différence culturelle.

Elle a réalisé un projet basé sur des distributeurs de billets de train. J’ai déjà réalisé ce genre de projet et c’est un travail très, très difficile parce que la culture, c’est quelque chose de complexe. Ce n’est pas comme si je voulais aller de Francfort à Munich et qu’il n’y avait qu’une seule manière de le faire. Il y a plusieurs façons de procéder pour aller de Francfort à Munich. C’est donc assez complexe ! Et en plus de cela, en ce qui concerne les prix, tout le monde a des exigences supplémentaires, comme par exemple prendre son vélo ou son animal de compagnie ! Alors, même si vous concevez pour un citoyen coréen en Corée, il faut également penser aux autres populations, aux touristes.

J’aime beaucoup ce projet parce qu’il y a un bon équilibre entre théorie, méthodologie, et surtout parce qu’il y a un super design. Quand on le voit, on ne l’oublie pas ! Elle a vraiment fait un énorme travail en s’attaquant à toutes les étapes. Donc, oui, pour toutes ces raisons, c’est un projet que nous avons beaucoup aimé.

Olivier Sauvage |

Ah oui, c’est très intéressant, surtout pour nous en France. Vous le savez peut-être, mais la semaine dernière, notre principale compagnie ferroviaire, la SNCF a lancé son nouveau site internet et sa nouvelle application pour commander des billets. Il y a eu un très gros bad buzz. J’ai d’ailleurs écrit un article sur ce sujet ! Des milliers de personnes se plaignaient. Peut-être seront-ils intéressés par cette solution. Peut-être que cela pourrait les aider. Je ne sais pas, mais effectivement, il s’agit là d’un problème très compliqué. C’est certain !

Peter Post |

Oui, ça l’est. Et d’ailleurs, notre agence a également fait ce travail il y a 7 ans pour l’une de nos compagnie de chemin de fer allemande : Deutsche Bahn. Nous avons travaillé pendant deux ans là-dessus. Et peut-être que la différence avec la SNCF, c’est que nous, nous avons fait beaucoup de tests utilisateurs afin de s’assurer que tout fonctionne et que le site internet plaise. Beaucoup d’argent et d’effort ont été mis dans ce projet. Nous étions donc totalement sûrs que c’était génial ! Mais lors du dernier test utilisateur, une semaine avant que tout soit mis en ligne, c’était une véritable catastrophe ! Le problème ne venait pas de la nouvelle version du site, qui était en fait très appréciée… Les gens avaient juste du mal à accepter le changement ! Les utilisateurs disaient : « Vous ne pouvez pas changer quelque chose que j’utilise tous les jours, juste comme ça, car c’est complètement différent. C’est sans doute mieux, mais je n’accepte pas que vous effectuez un changement aussi important sur un outil que j’utilise tous les jours ».

Mais heureusement, la Deutsche Bahn a décidé de lancer le site. Ce n’était pas un bad buzz malgré des mauvais commentaires comme a pu en recevoir la SNCF en France, mais au bout de deux semaines, tout s’est calmé. Ça sera sûrement la même chose pour la SNCF !

Olivier Sauvage |

Je pense qu’ils ont procédé exactement de la même manière ! Ils ont fait beaucoup de tests, si je ne me trompe pas, avec environ 5 000 personnes, et ils ont également changé le design d’interface. C’est complètement différent de celui d’avant. Beaucoup de personnes sont perturbées, mais en réalité, ce n’est pas compliqué. Selon moi, c’est même plus facile, c’est juste que c’est difficile de s’y habituer. Et vous savez, en France on aime râler…

Et je ne sais pas si c’est la même chose en Allemagne qu’en France, mais la SNCF c’est comme si c’était notre entreprise. C’est soi-disant une entreprise publique, car ce n’est pas vraiment public, mais soit, les gens pensent que tout changement se doit d’être parfait, mais c’est impossible !

Dernière question ! Quelles seront, selon-vous, les tendances UX design pour l’année 2022 ?

Peter Post |

S’il y a bien une chose que j’ai remarqué cette année, c’est que les designers de produits industriels essaient de réduire au maximum l’aspect numérique. Nous avons eu un produit, si je me souviens bien, celui de Hewlett Packard qui était une imprimante de bureau à domicile : “HP Magic Touch Panel UI”. Et on ne pouvait pas voir l’interface, il y avait simplement le couvercle. La conception du produit était très soignée, très propre. Et en fait, c’est en touchant ce fameux couvercle qu’un écran tactile apparaît. En clair, il n’y avait aucun bouton, juste un écran. Les menus étaient très simples, très bien exécutés. Une partie du jury aiment beaucoup ce produit car il était très harmonieux et très minimalisme. Juste en touchant le produit, on avait un graphisme en noir et blanc, très simple, très épuré comme un affichage basé sur la conception d’icônes.

Une partie du jury a adoré ! Moi, en tant que designer digital, j’était plutôt du genre “Je pourrai passer des heures devant cette imprimante en me demandant “Mais bon sang, où sont les boutons ? Qu’est-ce que je dois faire pour faire fonctionner cette machine ? » Il y avait donc une vraie discussion pour savoir s’il s’agissait d’une bonne ou mauvaise chose.

Et en fait, l’idée de “zéro UI”, c’est d’avoir vraiment aucune UI. En, clair, une machine qui fonctionne simplement en fermant une porte ou un couvercle ou simplement en s’y approchant. Et ça, c’est une tendance !

Il avait plusieurs produits conçus dans cette optique là. Il y avait par exemple un four et un lave-vaisselle. Il y avait un bouton, pas plus, et le reste fonctionnait avec uniquement des capteurs situés à l’intérieur. Ces capteurs permettaient de voir à quel point la vaisselle était sale. La majorité des actions était réalisée par la machine elle-même. Il y avait donc cette notion d’intelligence. Et encore une fois, le jury a eu une discussion très intéressante sur le fait de savoir si c’est une bonne chose ou pas. Mais ce qui est sûr, c’est que c’est une tendance !

Il y en une autre aussi ! Tout à l’heure, je parlais du fait que les étudiants décidaient de plus en plus ce sur quoi ils veulent travailler. Eh bien, il y a un projet très intéressant sur les actualités. Il s’agissait plus précisément d’un projet en lien avec Facebook et donc d’un projet assez critique. L’étudiante a essayé d’analyser de l’extérieur comment fonctionnait l’algorithme de Facebook, car tout le monde ne le sait pas !

Elle a eu des idées assez radicales comme le fait de payer pour avoir plus de contrôle sur son fil d’actualité. On pourrait par exemple voir précisément lequel de nos amis influence notre fil d’actualité et avoir la possibilité de le changer. C’est une question intéressante, parce que je suis peut-être ami avec quelqu’un avec qui j’apprécie aller boire un verre, mais peut-être que je ne suis pas totalement d’accord avec ses opinions politiques. Mais si nous sommes amis sur Facebook et que nous discutons régulièrement, je vais probablement avoir dans mon fil d’actualité tout ce qui concerne ses opinions politiques !

Je ne veux pas voir ça en fait, mais je ne sais pas si je reçois ce flux à cause de personnes que je connais ou parce que Facebook sait que je suis plus engagé avec du contenu que je n’aime pas, ce qui est évident. Donc j’aime beaucoup le projet. C’était probablement le projet le plus politique que nous avons vu. Mais dans l’ensemble, ce qui est intéressant, c’est que les étudiants ciblent les problèmes sociaux et moins le climat, ça change !

Et je pense que la pandémie a beaucoup joué. Les étudiants ont connu la solitude, ils ont connu le manque d’interactions avec les autres humains. Cela a évidemment influencé leur vision du monde et accentué certaines problématiques auxquelles nous devons faire face car, personnellement, je pense toujours que le changement climatique est le plus gros problème qui puisse exister.

Et il y avait des projets vraiment, vraiment bien exécutés. Il y en avait un, je ne sais plus exactement le nom, mais il s’agissait d’une application caritative. La problématique était tout simplement de savoir où va l’argent que l’on donne. C’est vrai, on donne de l’argent à une machine, une entreprise, ou une association, mais on entre pas en contact avec les personnes dans le besoin. Après tout, peut-être que ce qui va être fait avec mon argent ne va pas me plaire. Pour répondre à cette problématique, elle a construit un petit réseau social où l’on peut justement entrer en contact avec la personne que l’on souhaite aider. Ces gens dans le besoin ont des smartphones. Ils peuvent alors poster des contenus en ligne pour exprimer ce dont ils ont besoin, pour eux, pour leur famille ou pour leur maison. Ce qui était très intéressant dans ce projet, c’est qu’elle l’a construit de telle sorte que, par exemple, si je veux soutenir quelqu’un en Syrie ou en Thaïlande, eh bien les choses ne seront pas achetées sur Amazon et envoyé là-bas. Elles seront achetées dans un petit magasin local. Donc, l’argent que vous donnez reste dans cette communauté en question que vous voulez aider.

Encore une fois, la tendance intéressante à soulever ici, c’est que les jeunes se soucient davantage des relations sociales et des problèmes sociaux !

Une autre tendance que j’ai remarqué parce que je me soucie beaucoup du design graphique, de la marque et du design visuel, c’est tout simplement le fait que la conception visuelle et le design deviennent très pauvre de nos jours. En vérité, les entreprises et les concepteurs UX se concentrent beaucoup sur la convivialité et l’acceptation, ce qui est bien. Ils utilisent tous le même kit UI. Tout se ressemble. C’est super pour l’utilisabilité mais j’ai le sentiment que nous perdons totalement la notion d’identité de marque et de design. Je pense alors qu’il y a aujourd’hui cette tendance du design “unifié”, c’est-à-dire cette tendance à utiliser des illustrations linéaires que vous pouvez acheter pour quatre ou cinq dollars sur Shutterstock.

Tout le monde fonctionne comme cela maintenant. Nous avions sept projets qui utilisaient tous les mêmes illustrations, et je me demande : est-ce que la façon d’interagir avec une association caritative est semblable à la façon d’interagir avec des patients dans un hôpital ? Je ne pense pas. Mais c’est une tendance… Que je n’aime pas !

Olivier Sauvage |

C’est très intéressant ! Je n’y avais pas pensé, mais je suis vraiment d’accord avec ça. Il est de plus en plus évident que les designers UX ne sont que des designers UX. Ce ne sont pas du tout des designers et ils ne comprennent pas l’émotion qui peut se dégager d’une interface. Et en fait, je pense que c’est très intéressant de travailler sur ce sujet. L’identité que l’on retrouve en France, l’ADN de l’entreprise… Je pense que c’est une façon de vous différencier de vos concurrents, par exemple, mais les gens l’oublient très souvent. Donc ce que nous voulons, c’est une interface utilisateur très efficace, des sites web très rapides, etc.

Peter Post |

En tant que designer, je pense que l’usabilité doit passer en premier. Je comprends, nous ne devrions pas sacrifier l’usabilité pour une conception visuelle. Absolument pas. Mais sur certains projets, seulement la moitié du travail était fait, c’est le sentiment que j’ai eu. Et ce n’est pas que le design graphique ou l’identité de marque fassent obstacle à l’usabilité, pas du tout. C’est juste quelque chose que vous devez creuser et approfondir.

Et maintenant, à cause des systèmes modulaires, des systèmes de gestion de contenu basés sur des modules et d’atomic design, nous avons de plus en plus de designs de sites basés uniquement sur des blocs de construction qui certes, fonctionnent bien mais qui se répètent. Et si je regarde les récompenses attribuées à des projets plus “visuels”, je vois un vrai travail créatif et une volonté de sortir de ce système modulaire pour raconter une histoire immersive. En revanche, quand je suis sur le site de la SNCF, je ne veux pas de fioritures. C’est précisément ce genre de site qui doit être très strict et très modulaire. Tout est question d’adaptation.

Olivier Sauvage |

C’est amusant, car c’est exactement ce que j’ai dit dans l’une de mes dernières publications sur notre blog. Nous devons raconter plus d’histoires sur Internet. Je suis d’accord avec vous… Quand j’ai besoin d’un billet, je veux l’obtenir rapidement et très simplement. Mais lorsque j’achète en ligne, je ne veux pas seulement acheter une robe ou un pantalon. Je veux découvrir quelque chose. Et il y a un écart entre les deux approches. Il est vrai que les gens ne se concentrent que sur l’usabilité. C’est l’usabilité, l’usabilité ! Maintenant, nous perdons quelque chose, mais cela reviendra, j’en suis sûr !

Peter Post |

Je fais ce métier depuis maintenant 25 ans et il y a une chose que j’ai appris. Il y a eu un moment charnière où nous avions nous faisions des choses folles, et nous adorions ça et les développeurs aussi ! Mais soyons honnêtes, il y avait beaucoup de choses inutiles que personne voulait. Nous le faisions parce que nous étions capables de le faire. Et maintenant, on est focus totalement sur ces notions d’usabilité, d’acceptance, d’efficacité, de temps de chargement et de tout ça !

Mais en effet, je pense que ça reviendra. Certaines personnes nous ont dit : “Nous sommes capables de faire quelque chose d’immersif, de surprenant et de raconter des histoires mais bien sûr, c’est plus compliqué à faire que de simplement prendre WordPress et d’assembler certains modules les uns avec les autres.” Donc oui, on en est capable !

Olivier Sauvage |

Merci beaucoup Peter d’avoir répondu à mes questions. C’était vraiment très intéressant !

Pour découvrir tous les gagnants de cette édition 2022, c’est juste ici 👈



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Auteur
Annabel Tonnoir
Annabel Tonnoir